Conversion du regard

Il n’est pas un lieu fréquenté par les touristes qui n’ait abandonné son authenticité pour s’adapter à l’idée que l’on s’y fait de ce que veulent voir les visiteurs. La boutique à souvenirs y remplace les humbles objets du quotidien par des bibelots flambant neuf.

D’un autre côté, le tourisme nous incite à mettre en valeur les traces de notre passé, à les proposer au monde. Il met à notre portée des trésors qui, dans les moindres recoins de la Terre, étaient autrefois réservés à une élite d’aventuriers et d’explorateurs.

Il nous reste à apprendre à déceler l’authentique sous la couche de clinquant, à faire un pas de côté pour nous éloigner de la masse, à affûter notre regard pour déceler le pittoresque hors des sentiers battus. Tout reste à découvrir. Un accent qui se perd, les restes d’une coutume locale, un amandier en fleur dépassant d’un mur de pierre sèche, une bouchée de saveurs sur un marché de plein vent.

Même devant un chef-d’œuvre du passé trop fréquenté, il suffit de prendre le temps, laisser passer le flux, regarder en détail, revenir, s’imprégner singulièrement. Est-il besoin de tout voir ?